Avatars et Cie, un tour d’horizon

Au printemps 2010, nous contactions l’Antipode-Mjc pour leur proposer de coorganiser un événementiel autour des thèmes de l’avatar, du jeu et des identités numériques. Notre idée : réunir différents acteurs autour d’un projet commun. Chacun des secteurs de l’Antipode – musiques actuelles, MJC, Bibliothèque – pouvait être intégrés à ce projet tant les angles d’attaques sont nombreux.

Du 2 au 5 novembre 2011, le hall de l’Antipode accueillait des installations numériques, cinq rendez-vous étaient programmés : une rencontre professionnelle, deux jeux urbains, une projection de documentaire et une soirée clubbing. Au total, plus de 1000 personnes ont assisté ou participé à l’une ou l’autre des propositions.

Installations numériques

Développé par Bug et la Ville de Rennes, le SMS-Wall est un mur contributif sur lequel chacun peut poster des messages, par sms, ou via Twitter et le hashtag #Avatarz, envoyer des images ou des liens vers des vidéos. Chacun a pu alimenter le fil de ce mur, devenu un espace d’information, de réactions à chaud, de traits d’humour ou de conversations à distance. Le mur a ainsi reçu 1697 messages, dont 1410 pour la seule soirée clubbing.

Forward to the Past, dispositif né d’un partenariat entre la Ville de Rennes, Archividéo et Bug, propose au public de naviguer dans la maquette 3D de la ville sur cinq époques, avec le corps pour joystick : les mouvements de la main et du bras contrôlent l’écran. Déjà présenté à de nombreuses reprises, l’installation fonctionne avec tous les publics, toutes générations confondues. Qu’ils soient jeunes du quartiers, retraités ou clubbers invétérés, tous accrochent à Forward to The Past.

Les nantais de Ping proposaient la Miam_Bot, réalisée à partir d’un mashup de logiciels libres : sur deux écrans, un détecteur de mouvement, un détecteur de visage et de réseaux bluetooth donnaient à voir les traces que chacun laisse lorsqu’il se déplace : une mise en garde contre la surveillance.

Rencontre professionnelle

Volet professionnel d’Avatars et Cie, la rencontre organisée le vendredi 4 novembre dans la salle de concert de l’antipode avait pour ambition d’exposer les usages des jeunes, les opportunités et risques qu’ils présentent pour les professionnels de l’animation et de l’accompagnement des jeunes, et d’évoquer des expériences réussies de projets menés dans ce domaine. La rencontre était animée par Richard de Logu, directeur de Bug, Marianne Trainoir, ingénieure d’études pour le groupe de recherche e-inclusion M@rsouin, et Pierre Avril, qui venait présenter les résultats de son étude sur les pratiques en matière de nouvelles technologies chez les éducateurs du Relais. Au départ réservé à 20 personnes, ce sont finalement 35 individus qui on participé à cet atelier : animateurs socio culturels (jeunesse et multimédia), travailleurs sociaux, salariés de bibliothèques, sociologue, chercheurs…

Cette demi-journée après avoir évoqué des données sur les usages des adolescents du numérique ont permis de converger vers des constats communs : une inquiétude croissante des parents, de l’institution et des encadrants dans leur majorité face à un phénomène fulgurant et désarmant. Entretenue par des médias souvent sévères à l’égard de l’internet, cette peur n’est cependant pas totalement justifiée et il est tout à fait possible d’entreprendre des démarches afin d’établir un juste constat et des action concrètes. En premier lieu un déficit patent de formation aux usages à destination des encadrants leur permettant de comprendre et d’agir à l’aide du numérique pour conquérir ce public qui échappe progressivement à tout dispositif. En second lieu, une information à destination des parents, égarés devant cette évolution vertigineuse. Enfin, une intervention constante et experte au contact des jeunes qui s’ils semblent pour la plupart mesurer les risques de ces usages (contrairement à ce qui est souvent affirmé), sont parfois des proies de choix pour les multinationales dominantes de l’internet. Certains âges sont par ailleurs à particulièrement surveiller et conseiller, les collégiens et les enfants des écoles primaires. Il est à noter que les agissements extrêmes (harcèlement) dont sont parfois victimes les adolescents sont issus pour la plupart d’autres jeunes de leur âge (voir sur ce sujet l’article de Yann Leroux).

Pierre Avril a soulevé les difficultés rencontrées par l’institution sociale face aux usages du numérique de leur public et à l’inadaptation de la réponse et des usages professionnels des éducateurs. Il met également en évidence la nécessité de disposer de ressources afin de progresser et de ne pas s’éloigner du public qui occupe désormais un espace virtuel échappant totalement à la vision des encadrants.

Marianne Trainoir a évoqué de nombreuses expériences menées auprès de publics en errance à l’aide du numérique. Les résultats sont éloquents et révélateurs de la richesse de ces technologies employées fort modestement mais dont l’apport pédagogique et comme objet de médiation est incontestable.


The Cat, The Reverend and The Slave

Consacrer une semaine aux avatars sans aborder Second-Life n’était pas faisable, nous avions donc invité Alain-Della Negra à présenter le documentaire qu’il a réalisé avec Kaori Kinoshita : The Cat, The Reverend, and The Slave. Soixante-dix personnes avaient répondu présent pour visionner ce voyage dans les communautés emblématiques de Second-Life, parmi lesquelles les Furry, qui se prennent pour des animaux et se réunissent dans des fêtes sur Second Life comme dans la vraie vie, les missionnaires des mondes virtuels et ceux qui y trouvent des esclaves sexuels. Un très beau documentaire, sur la forme comme sur le fond, sans aucun jugement de valeur, qui nous entraine dans un road-movie dans le midwest américain, à la rencontre de personnages, réels et virtuels, parfois bizarres, parfois drôles. Le public aura autant apprécié le film que la rencontre, Alain Della-Negra expliquant simplement sa démarche, répondant aux questions du public et du SMS-Wall branché pour l’occasion.

Jeux urbains

Souvent qualifiés d’activité solitaire et déconnecté du réel, les jeux vidéos sont bien des activités réelles et génératrices de sociabilité, d’où cette idée de réinvestir la ville par le jeu. Des adultes qui jouent aux jeux vidéo pourraient aussi jouer « pour de vrai » dans la ville : tel était le pari des deux jeux proposés pour Avatars et Cie : une idée qui vient d’Angleterre, ou un site – Ludocity – et un festival leurs sont consacrés. Importer ce modèle était risqué, tant nous avons en France des difficultés à faire preuve d’auto-dérision et à oublier notre image.

Mercredi, Bees, un jeu de piste par équipes dans le quartier de Cleunay était ouvert aux adultes et aux enfants. Les adultes n’ayant pas répondu, ce sont une quinzaine d’enfants qui ont parcouru le quartier pendant une heure et demi, munis d’antennes et de kazoo, à la recherche du pollen.

Samedi, le challenge consistait à reproduire une partie de Snake, sans téléphone. Dans un Human Snake,  le serpent est formé par une file de joueurs, chacun se porte volontaire en élevant une fleur au-dessus de sa tête : lorsque la file de joueur engloutit le porteur de la fleur, il prend la tête du serpent pour aller manger une nouvelle fleur. Improvisée sur la place de la mairie, sans trop savoir si cela allait fonctionner, ce sont au final une trentaine de personnes qui sont entrées dans la file, devant le regard éberlué des passants, dont cette personne âgée : « c’est étrange ces adultes qui jouent à des jeux d’enfants ». Un jeu sans autre objet que celui de s’amuser, duquel les participants sont ressortis enchantés.

Amène ton Avatar

Point final de Avatars et Cie, l’Antipode affichait complet avant l’ouverture pour la soirée Amène ton avatar. Près de 600 personnes ont dansé jusque cinq heures du matin, sur la musique de Mondkopf, Danger, Rafale et Kogura Mustache, joué sur les bornes d’arcade ou avec le gifomaton de 3hitcombo, envoyé plus de 1400 messages sur les murs contributifs installés dans le bar et dans la salle de concert. Une soirée plus folle encore que les soirées furry que filmait Alain-Della Negra dans son documentaire, un sommet festif pour clôturer une semaine qui aura tenu ses promesses.

Rendez-vous en 2012.

3 Réponses pour “Avatars et Cie, un tour d’horizon”

  1. Cayetano écrit :

    Bonsoir je voudrai savoir si les photo du Gifomaton sont en ligne comme c’était prévu ? Merci ! :
    « Un espace d’ordinaire dédié à la répétition est transformé en gifomaton avec du matériel professionnel et une équipe qui shoot le public déguisé ou non. Les photos sont retransmises en direct durant les changements de
    plateau dans la grande salle. Le public peut donc retrouver à l’instant T sur les réseaux sociaux et plus tard sur la toile la soirée qu’il a vécu »

  2. Regis écrit :

    Bonjour,

    Les gif n’ont pas été mis en ligne directement pendant la soirée, comme prévu initialement. Je vais par contre vérifier auprès de http://www.3hitcombo.fr/ s’ils compte le faire au final.

  3. Retour sur « AVATARS & CIE  « SINGULAR écrit :

    […] « Du 2 au 5 novembre 2011, le hall de l’Antipode accueillait des installations numériques, cinq rendez-vous étaient programmés : une rencontre professionnelle, deux jeux urbains, une projection de documentaire et une soirée clubbing. Au total, plus de 1000 personnes ont assisté ou participé à l’une ou l’autre des propositions. » (Régis Chatellier, de BUG, sur le blog de BUG) […]

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