Data Journalism : Encore une frilosité française ?

Et si les applications et les visualisations servaient de relais au monde journalistique ?

C’est bien beau d’avoir des informations, encore faut-il savoir comment les présenter à tous.

Si l’utilisation des Open Data est devenue un atout important dans le futur des applications dédiées à la vie citoyenne, sans une idée moteur permettant leur utilisation concrète, cela n’en reste pas moins des données en vrac, des relevés, des chiffres, dont la lecture de la part d’un citoyen lambda est au mieux vaguement informative et au pire fastidieusement inintéressante.

L’idée que l’information soit en elle-même une matière brute qui demande à être retravaillée afin d’aboutir sur une publication n’a rien de nouveau en soit. Que ce soit l’application de modalités administratives, d’une nouvelle découverte scientifique, d’un nouveau texte de loi ou le dévoilement d’un scandale politique, la présentation d’une information doit être un équilibre entre exhaustivité et clarté. On trouve une donnée « brute » (règlement administratif, thèse, extrait du journal officiel, rapport d’enquête, etc.) qu’on doit rendre accessible à un public plus ou moins spécialisé (notice administrative, articles de vulgarisation, mise en forme, storytelling, etc.)

Or, sur les sites d’information, la présentation d’informations a rarement changé dans la forme malgré le passage d’un support papier/télévisé à un support web. Dans la majorité des cas, l’information sur le web prend souvent la même forme qu’un article papier, à la différence  qu’il peut-être illustré par de la vidéo et qu’il utilise l’hypertextualité. Si internet a été une révolution en matière de diffusion et de réactivité dans l’information, le côté « interactif » du média informatique reste une voie à explorer.
Avec le développement de l’interactivité et de ce qu’on appelle le « VisualThinking » (« pensée visuelle ») commence à se développer de plus en plus d’applications interactives destinés à illustrer une information voire à être en elles même une source d’information. Assez minoritaires, on en retrouve une partie sur des sites comme le New York Times, le Guardian ou El Pais.

Si ces infographies se rapprochent très souvent du traditionnel graphique ou de la carte destinée à compléter une information, leur aspect visuel et interactif donne une vraie nouvelle approche de la chose. Un exemple assez concret restel’utilisation du temps dans la journée des différents groupes d’américain publiée par le New-York Times, où l’internaute peut savoir de façon assez claire et didactique, comment certaines catégories socio-professionnelles occupent leurs journées. Au début, l’oeil cherche à décoder le graphique, puis l’internaute s’amuse à cliquer un peu partout pour voir les résultats et comprendre comment cela fonctionne. Si beaucoup de personnes ne dépasseront pas le côté « amusant » de l’application, d’autres s’en serviront pour puiser des informations sociales.

Par exemple, on peut s'apercevoir les chômeurs ne passent ni leur temps à dormir, ni leur temps à regarder la télé et sociabilisent plus que les gens qui travaillent.

Dans l’absolu, bien des sujets peuvent être traités de cette manière, cela peut aller de la carte statistique de faits divers aux statistiques du nombres de morts durant différents conflits, jusqu’au diagrammes des populations qui utilisent le plus facebook.

"Ouf, aucun ado asiatique ne s'est fait tuer un vendredi en Angleterre entre 2008 et 2009."

Autre outil assez pratique, le Streamgraph permettant de « cartographier Twitter » permet d’avoir une information pertinente, non seulement au point de vue visuel, mais dans sa façon de mettre en forme une donnée perçue comme « non quantifiable. » On peut observer l’évolution des mots clés sur twitter lors d’un évènement, ce qui permet de s’éloigner articles sous formes de citations arbitraires qu’on trouve parfois sur l’AFP ou des méthodes de charlatans des agences de com’ (comme la « météo du net » sur Europe 1.) En outre cela permet de voir ce qui va retenir l’attention lors d’une soirée, comme le montre le streamgraph des noms les plus cités sur Twitter le soir des Mtv music awards.

Les incursions du journalisme français sur le territoire de la visualisation interactive et du « data journalism » (« journalisme de donnée ») sont assez timides. Seul Le Monde.fr dispose de son propre système de construction de statistiques (Le Sept) et multiplie depuis un an, différentes sortes d’infographies permettant d’expliquer de façon claire, exhaustive et didactique différents faits complexes comme les ramifications de l’affaire Karachi, les différentes étapes de la catastrophe de Fukushima ou la crise grecque.

Des sites en ligne comme Mediapart ou Rue89 tentent aussi quelques percées dans ce domaine, et on peut aussi noter le site Owni qui a toute une section « data journalism. » Si une certaine partie de  leurs cartes et graphiques abordent les problèmes dinternet (spécialité d’Owni) on trouve aussi des applications à visées politiques ou culturelles. Pour le reste, par manque de moyen, d’envie et surtout par manque de culture web, les expériences sont très rares.

Les possibilités sont là et les exemples venus de l’extérieur ne manquent pas. Encore faut-il qu’on veuille se pencher dessus.

Julien
Twitter : @Mad_Chien

Lire :
Data journalism : Pourquoi la france ne s’y met pas.
Journalism in the age of Data
L’open Data est-elle une idée de gauche ?

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