Bug au Québec – récit

L’association Bug était représentée dans le voyage de la délégation du grand ouest au Québec du 23 octobre au 2 novembre derniers. Composée de Nantais, Malouins et Rennais, cette équipe aux intérêts parfois peu convergents s’est toutefois retrouvée à échanger sur des pratiques communes, et initier pour une partie des projets d’avenir (notamment entre entreprises et associations locales).

Bug avait pour objectif la rencontre de partenaires dans le champ du web citoyen, du développement des usages du numérique, des arts électroniques et du DIY (bricolage et démonstrations par la pratique). A cet effet, des contacts avaient été pris avec Communautique à Montréal, structure à but non lucratif dont l’objet social est assez proche de celui de Bug. Nous avions repéré d’autres démarches de coopération intéressantes : la Méduse à Québec, et les réseaux sans-fil de Québec (Zap Québec) et l‘île sans fil de Montréal.

L’arrivée à Québec et la présentation par les élus locaux et les responsables des administrations des projets numériques de cette ville nous ont appris deux choses : l’innovation dans le champ des usages du numérique est tout aussi périlleuse sur ce territoire que sur le nôtre, n’oublions pas en effet que les aides gouvernementales, municipales et provinciales ne sont pas aussi abondantes qu’en France. Stephen Harper, premier ministre canadien n’est en effet pas renommé pour son exceptionnel progressisme (voir notamment le débat sur l’avortement et la vente d’armes « d’épaule »). Second enseignement, l’enjeu pour le Québec actuellement est celui du village gaulois d’Astérix, d’ailleurs Régis Labeaume déclarait récemment à Ouest-France : « Nous sommes 7 millions de francophones dans une mer anglophone… » Il est vital pour cette province de développer des solidarités francophones et de mobiliser ses ressources de matière grise pour exister dans ce pays à l’échelle d’un presque continent.

C’est effectivement le cas pour Ubisoft, 60 personnes à Québec et quelques centaines à Montréal et pour Frima, autre studio de développement de jeu vidéo également implanté à Québec. Son directeur nous explique par ailleurs qu’il recherche actuellement 40 personnes, programmeurs, chefs de projet, designers graphiques et qu’en 10 ans, son entreprise est passée de 1 à 350 salariés. Le taux de chômage est la plus faible du Canada (3,9%) et la politique de séduction des entreprises internationales est assez offensive, nous avons pu nous en rendre compte. Au delà des performances économiques, le champ de la vie dé démocratique et citoyenne n’est pas oublié, la ville de Québec a en effet mis en œuvre un réseau wifi identique à celui de Montréal, en finançant la création d’emplois pour assurer la vie du projet : c’est Zap Québec. Une rencontre a eu lieu avec Dave Pelletier qui nous a permis de jeter les bases d’un possible projet de coopération en cours de rédaction. Nous avons également à cette occasion rencontré Vincent Tanguay, vice-président de Cefrio, centre francophone d’informatisation des organisations du Québec qui regroupe chercheurs, industriels, universitaires et réalise études, expérimentations, et assure une veille sur les usages au Québec.

Toutefois, la rencontre la plus intéressante pour nous fut celle avec Communautique, qui met en œuvre dans le cadre de son echolab un laboratoire de prototypage rapide en direction de tous les publics et plus particulièrement des handicapés. Plus largement, Communautique est à l’origine d’un Living Lab nommé Mandalab (Un Living Lab regroupe des acteurs publics, privés, des entreprises, des associations, des acteurs individuels, dans l’objectif de tester « grandeur nature » des services, des outils ou des usages nouveaux. Il s’agit de sortir la recherche des laboratoires pour la faire descendre dans la vie de tous les jours, en ayant souvent une vue stratégique sur les usages potentiels de ces technologies. Tout cela se passe en coopération entre des collectivités locales, des entreprises, des laboratoires de recherche, ainsi que des utilisateurs potentiels. Il s’agit de favoriser l’innovation ouverte, partager les réseaux et impliquer les utilisateurs dès le début de la conception) qui lance dans moult directions des expérimentations fort intéressantes. Il faut par ailleurs savoir que le concept existe également en Bretagne, (le Living Lab breton piloté par le Pôle Images et Réseaux est implanté à Lannion). Après 4 ans d’existence, ce Living Lab breton est quasi inconnu et on doit s’interroger sur la participation des habitants dans la conception de produits et services numériques. Aussi, des voies innovantes (technologiques et sociales) existent, nous l’avons vu avec Communautique qui a formé environ 16000 habitants au numérique, par la pratique dans des lieux ouverts de fabrications (fablab).

Notre projet d’échanges né de ce voyage est en cours d’élaboration et visera autour de thèmes comme les fablab, les plateformes d’expression citoyennes, les réseaux sociaux, l’e-inclusion, l’open data avec un partenariat très large et des connexions probables en Afrique francophone et au Québec.

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